HEUREUX COMME UN PARENT DANOIS

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Jessica Alexander est une auteure américaine, mariée à un Danois depuis 13 ans. Elle signe, avec la psychothérapeute danoise Iben Sandahl, le premier livre sur la parentalité à la danoise : The Danish Way of Parenting. Nous lui avons posé quelques questions.

D’après votre livre, si le Danemark arrive systématiquement en tête des pays les plus heureux, c’est parce que les Danois élèvent des enfants heureux qui, à leur tour, deviennent des adultes heureux ?

Oui, c’est l’argument principal de mon livre. Ayant moi-même des enfants avec un Danois, j’ai réalisé que je préférais de loin tous les conseils de mes proches danois à tout ce que j’avais pu lire ou trouver sur l’internet. Un jour, en écoutant mon mari parler à notre fille, sur un mode bien spécial, que j’appelle la « reformulation », ça m’a frappée : il existe bel et bien une éducation parentale à la danoise. Et elle est unique ! C’est ainsi qu’avec la psychothérapeute Iben Sandahl, nous avons mené plusieurs recherches sur la question, pour dresser les principales caractéristiques de cette éducation qui rend réellement les gens plus heureux.

C’est quoi, au juste, un enfant heureux ?

C’est une question difficile parce que la plupart des enfants sont heureux. Ce qui distingue les enfants danois, c’est qu’ils sont en prime calmes, bien adaptés, bien élevés et résilients. Ils sont bienveillants, empathiques, et souvent très mûrs pour leur âge. Tout en restant vraiment des enfants. Au Danemark, on entend rarement, voire jamais, des enfants brailler. Il y a une confiance et un respect qui règnent, ce que je n’ai jamais vu ailleurs entre adultes et enfants. Ces enfants deviennent à leur tour des adultes heureux et bien adaptés, et cela se traduit dans toutes les enquêtes sur le bonheur, et ce, année après année, depuis 40 ans !

En quoi consiste, exactement, cette éducation à la danoise ?

Les parents danois sont très proactifs dans l’enseignement de l’empathie et de la valorisation d’autrui. Le succès, ici, est vu comme le fruit d’un travail d’équipe, et non comme le résultat d’un bon coup individuel. Les parents danois travaillent davantage l’estime de soi de leurs enfants (ce que je vaux, en relation aux autres), et moins la confiance en soi (davantage une question de ce qu’on peut faire ou avoir, en relation aux autres). Voilà ce qui, selon eux, est la source du bien-être et du bonheur à long terme.

Et en quoi est-ce si différent de l’éducation à l’américaine, entre autres ?

D’abord, les parents danois ne surchargent pas leurs enfants d’activités. Le jeu, ici, est considéré comme la chose la plus importante, même pour apprendre, et ce, même au secondaire. On respecte beaucoup la zone proximale de développement, c’est-à-dire là où l’enfant est rendu dans ses apprentissages, en les aidant juste assez pour ne pas brimer leur joie d’apprendre par eux-mêmes. […] Alors qu’en Amérique, quand nos enfants jouent, on a l’impression qu’ils perdent leur temps et qu’ils devraient apprendre davantage. […] Autre différence : l’empathie. Au Danemark, l’empathie est enseignée à l’école, dès la maternelle. C’est aussi important que les mathématiques ou l’anglais. Tout est « vrai », ici. Les contes d’Andersen (le Danois le plus célèbre) n’ont pas été réécrits pour bien finir comme en Amérique. La petite sirène, par exemple, ne finit pas avec son prince. Elle meurt de tristesse et se transforme en écume de mer. En lisant ce genre de contes à leurs enfants, les parents peuvent aborder toutes sortes d’émotions et c’est prouvé, cela aide aussi à développer leur empathie. […] Enfin, la fessée a été interdite au Danemark en 1997. Les Danois usent de diplomatie avec leurs enfants, évitant les ultimatums. Du coup, c’est une culture très pacifiste. On gère les problèmes, au lieu de les sanctionner. Et enfin, les Danois valorisent beaucoup le « hygge », une de leurs valeurs principales : le temps « douillet » en famille, le « nous » passant ici avant le « je ».

Qu’est-ce vous espérez qu’on retienne de ce mode éducatif ?

Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est que les lecteurs remettent en question leurs propres façons de faire. En tant qu’Américains, Canadiens ou autres, il nous est souvent très difficile de voir à quel point notre culture façonne nos valeurs et notre façon d’élever nos enfants. Nos comportements sont si ancrés qu’on a tendance à peu les remettre en question. On tient pour acquis que c’est la seule façon de faire. Or, si on pouvait vraiment réfléchir sur la question, et peut-être n’implanter qu’un seul des aspects de l’éducation à la danoise – le « hygge », par exemple –, je suis convaincue qu’on aurait des générations d’enfants plus heureux.

Jessica Alexander et Iben Dissing Sandahl, The Danish Way of Parenting, A Guide to Raising the Happiest Children in the World, Forlaget, 2015. Des traductions française et italienne sont prévues.

La Presse

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